jeudi 17 octobre 2019

Serge Camaille - Du sang sur la neige



Résumé

Hiver 1980. Cela fait maintenant quelques jours que Claire, jeune citadine à la vie trépidante, s’est installée dans une maison coupée du monde, non loin du village de Courgoul, dans les monts d’Auvergne. à vrai dire, elle n’a pas eu le temps ni le choix pour s’adapter à cette nouvelle vie. Un jour, le téléphone qui sonne. La gendarmerie. Luc, son mari, a eu un accident. Il est dans le coma. Plusieurs semaines déjà qu’il s’était isolé dans cette maison pour écrire son premier roman. Pourquoi son mari a-t-il tout quitté soudainement ? Et comment a-t-il pu avoir un accident de voiture, lui d’habitude si prudent ? Et si finalement elle ne connaissait pas si bien que cela l’homme qu’elle a épousé ? Lorsqu’une inconnue frappe à sa porte en pleine nuit, Claire ne se doute pas qu’elle vient de faire entrer le malheur dans son foyer...

Mon avis

Quelle belle enquête écrite par l’auteur à la manière d’un film en super 8. J’ai beaucoup aimé, il me semblait entendre le bruit de la caméra…

L’histoire se déroule en 1980, et c’est amusant parce que les francs sont de retour, pas de GPS, mais la vieille carte Michelin, et j’ai souri, me replongeant dans cette atmosphère de carte routière qu’on dépliait sur le capot…

L’ambiance est enfumée de cigarettes et non pas de pipe comme l’inspecteur Maigret dont l’auteur pourtant s’en imprègne et les phrases sont truffées d’expressions qui collent vraiment à cette époque. J’apprécie énormément la plume de Serge Camaille que j’ai découverte ici. Je dirais qu’elle est bon enfant, sympathique et se lit facilement.

L’histoire est simple, triste et tellement banale, mais joliment bien racontée… par la suspecte… que je me prends au jeu et que je suis émue et écœurée. Finalement, tout ce qui entoure les personnages comme les habitations, les bureaux, les voitures, est le décor. Mais ce que je retiens, c’est l’interrogatoire, dans une pièce, avec un café, et je ressens de l’amitié pour la femme assise sur une chaise. Est-elle vraiment coupable ?

En fond, j’entends presque « silence on tourne », la caméra se met en route et le film se déroule.

Bien sûr, les personnages sont attachants, notamment les commissaires tous aussi débonnaires les uns que les autres, un juge et son carnet à la manière d’un inspecteur Columbo, et j’en oublie presque Claire à qui tous les malheurs arrivent.
Je retrouve l’ambiance d’un petit restaurant où les policiers font bombance avant de reprendre l’interrogatoire, le garde champêtre qui se transit de froid, une romance toute simple, et toujours cette neige qui ne cesse de tomber, et oblige les chauffeurs à monter les pneus cloutés. Rien n’est laissé au hasard par l’auteur. Même un détective est présent.

J’ai quand même eu un moment d’incompréhension, voire d’incohérence, au moment où Claire et Bruno appellent à tour de rôle l’agence immobilière. Leur interlocutrice ne semble pas savoir où se trouve sa patronne. Alors que, quelques pages plus loin, elle leur révèle l’endroit où elle est partie en vacances. Mais Bruno s’était fait passer pour un policier, j’en déduis que c’est pour cette raison que sa mémoire lui est revenue. 

J’ai presque envie de rire quand les suspects sont arrêtés tellement c’est bon enfant. À croire que dans les années 80, la violence n’était pas de mise. Tout colle parfaitement aux personnages.

La chute est inattendue, mais tellement logique dans ce parfum de film de super 8. J’ai quitté à regret mes policiers, et me suis retrouvée dans les années 2000, avec un brin de nostalgie.



lundi 14 octobre 2019

Virna Lorentz - Lune pourpre


Résumé

Normandie. Village de Crèvecoeur-en-Auge. Début des années 1500. Hermine est venue au monde avec une infirmité qui couvre sa famille de honte et compromet tout espoir de mariage. Or, sa vie connaît une embellie lorsqu’elle se lie d’amitié avec Clovis et Aurore... Du moins pour un temps. Car à l’âge où les cœurs s’élancent sur les sentiers de la passion, les souvenirs d’enfance font grise mine face à l’émergence de nouveaux sentiments. Et la rivalité peut parfois inciter à commettre l’inimaginable, au péril de la vie d’innocentes victimes. Alors dans cette histoire d’enfants qui dégénère dangereusement en drame d’adultes, qui de Clovis, Hermine ou Aurore aura la vie sauve ?

Mon avis

C’est au cours d’une interview que j’ai découvert l’auteur Virna Lorentz. Les réponses aux questions m’ont intriguée et j’ai fureté pour savoir ce qu’elle écrivait. » Lune pourpre » a alors atterri dans ma boîte aux lettres.

Le résumé m’avait plu et comme toujours je me fais une idée. J’imagine l’histoire, les personnages, et ça ne se passe pas tout à fait comme je l’avais imaginé, la couverture était déjà un indice et le nom du village davantage. Crèvecoeur… Tout en programme !

Dès le début, je suis happée, agrippée. Par les mots tout d’abord, puis les phrases qui en découlent, qui sont très recherchées.
L’atmosphère ensuite : une grange, la naissance d’un poulain, une petite fille de 8 ans qui porte une infirmité et qui semble ne pas être aimée de ses parents parce qu’elle est différente.

Et toujours cette plume qui vous traduit tellement bien les sentiments, les parfums, l’enfance, les rires, les surprises, les problèmes d’adultes. Une plume qui ne vous lâche pas et vous fait passer les années sans que vous en preniez conscience.

Les années passent et quand vous réalisez que les enfants sont devenus des adultes, vous commencez à vous demander comment va tourner cette amitié si singulière entre trois enfants, Hermine, Aurore et Clovis, régie par un pacte de gamins. Parce que pour moi, c’est une histoire de gamins… ils jouent ensemble, Clovis se fait le professeur de lecture d’Hermine qui n’attend que ça, et Aurore, les surveille de loin, n’étant pas très encline à ce genre d’occupation.
Les années 1500 et ses croyances, ses peurs de sorcières, ses légendes…
Et puis la jalousie qui commence à ronger la belle Aurore et les adultes qui voient tout ça encore d’un autre œil.

C’est une romance toute simple, mais qui se termine… j’ai été très surprise et déroutée, c’est ce que désirait l’auteur, mais pas dans son sens à elle.

Les héros sont certes attachants, mais un peu mièvres à mon goût. Je ne retrouve pas l’amoureux qui se bat pour sa belle…
Je ne vais pas vous raconter de qui Clovis est épris. Ce qui me gêne, c’est que, peu importe son choix, il n’ose pas dire à l’amie dont il n’est pas amoureux qu’il l’a voit elle comme une amie. Il craint de la peiner. Ce qui engendre tout un tas de malentendus, qui à mon avis, sont la cause de toute cette tragédie.

Seulement, si Clovis avait agi autrement… il n’y aurait pas eu d’histoire. Quand je relis ma chronique, je me dis que vous allez penser que je n’ai pas aimé, alors que c’est faux.
C’est formidablement écrit, les ambiances de l’époque sont superbes, la rencontre avec le curé du village sonne juste et j’ai apprécié les passages où il intervient. Parce qu’à cette époque, il avait une grande influence sur les habitants, et c’est magnifiquement bien représenté ici.

Je le répète, la fin va vous laisser… pantois ! C’était le vœu de l’auteur sans aucun doute, les romances à l’eau de rose qui finissent toujours bien ont souvent un goût de déjà vu pour reprendre les mots de Virna Lorentz, on ne s’en souvient pas. Ici, vous vous rappellerez de la chute, et comme moi, à la lumière de la lune pourpre, vous penserez que cette histoire ressemble à celle de Tristan et Yseult, de Pénélope et d’Ulysse, voire même Roméo et Juliette.


jeudi 10 octobre 2019

Rime de Bervuy - Au clair de la louve - Tome 2



Résumé

Renan a été enlevé par Fedora. Maryhead a enfin réussi à maîtriser le Loup en elle. Forte de ses nouvelles dispositions, elle part à la recherche de son amant. Elle prend alors conscience qu’elle s’enfonce un peu plus à chaque pas dans un univers obscur et inconnu. Le groupe Reschfler est-il digne de confiance ? Quels nouveaux secrets va-t-elle encore découvrir autour d’elle et de l’univers dont elle fait partie malgré elle ? La Louve va devoir composer avec sa colère, ses doutes, son amour brûlant pour Renan qui la consume et son désir de rester fidèle à ce qu’elle était avant. Mais comment faire la part des choses entre secrets et mensonges, prémonition et crainte, amour et abandon ou encore devoir et désir quand on est une sorcière douée d’une sensibilité exacerbée et que l’on est projetée violemment au milieu de telles épreuves ?

Mon avis

Me revoilà avec Renan, Fédora et Maryhead. Une chose est certaine quand je commence ma lecture, l’histoire et l’écriture ont gagné en intensité.
Les personnages eux-mêmes sont beaucoup plus étoffés et les caractères de chacun prennent toute leur ampleur et des nouveaux apparaissent, des méchants comme des gentils. À vous de vous faire votre opinion. L’amitié également a sa place ici.

Les deux héros sont malmenés. Surtout la jeune femme qui a bien du mal à comprendre ce qu’il lui arrive. Dotée de grands pouvoirs, elle hésite parfois à les utiliser ou alors elle ne sait pas comment en tirer profit. Mais c’est certain, elle est très forte et quand elle agit, la louve en elle surgit.
Mais comment peut-elle être amoureuse d’un tel homme comme Renan. Un vampire ! Une sorcière et un vampire, du jamais vu et pourtant. L’auteur a su parfaitement faire ressortir les divers sentiments qui les animent et tous les questionnements qui en découlent. En effet, Renan est immortel. Maryhead l’est-elle aussi ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi ne deviendrait-elle pas un vampire ? Mais comment ?
Là où tout se complique, c’est que la morsure de Renan est dangereuse. Mais pour qui ?  
Alors Renan s’y perd dans les méandres des questionnements. Rien n’est simple. Ils parviennent toutefois à imaginer pendant quelques jours qu’ils sont un couple normal, et même le lecteur se prête au jeu et y croit lui aussi, quand la réalité les rattrape, à la façon de l’auteur bien sûr ! Ne pensez pas une seconde, qu’il s’agisse d’un message ou d’une lettre reçue par courrier. C’est bien plus vicieux et sournois !

Je pars en Roumanie. Pourquoi ? Qu’y-a-t-il là-bas ? Et qui est Victoria, la belle Roumaine qui fait tourner la tête aux hommes ? Renan se laissera-t-il embarquer par la jeune femme qui ne n'espère qu'une chose, qu'il la morde ? La jalousie de Maryhead la malmène et j’aime beaucoup tous ces sentiments décrits par l’auteure qui sonnent juste.
Rappelez-vous de Ryan. Vous savez, le nettoyeur du vampire. Il joue ici un rôle important et sa vie changera quand il parviendra dans un monastère…
Et toujours Rime, la louve blanche, qui veille quoiqu’il arrive. Elle porte le même nom que l’auteure comme si elle veillait elle-aussi à ce qu’il n’arrive rien de fâcheux à ses personnages, et qu’elle voulait faire partie intégrante de son histoire. 


Mais apparaît un redoutable vampire qui n’aspire qu’à la vengeance, et Marie, amoureuse folle de Renan. Elle espère bien lui faire oublier Maryhead.

L’écriture est enlevée, fluide et l’histoire vous coupe le souffle. Je retrouve ici l’émotion ressentie à la perte d’un animal, l’amour que se porte un couple avec de multiples questions, la jalousie, la perfidie, l’amitié, la tendresse, et des expressions m'arrachent un sourire notamment quand le vampire se « fait un sang d’encre » pour sa belle.

Et puis la fin, terrible… peut-on espérer quelque part un pardon ?

Il y a un tome 3, en cours de réalisation. Il me faudra être patiente pour connaître la suite. Renan et Maryhead ensemble pour l’éternité ? Allez savoir… Avec un vampire et une sorcière tout peut arriver surtout quand c’est écrit avec le talent de Rime de Bervuy qui manie la plume d’une manière magistrale pour embarquer ses lecteurs dans son monde imaginaire, bien à elle, dans ses légendes obscures. Au loin, le loup hurle…


lundi 30 septembre 2019

Jean-Michel SIEKLUCKI


Résumé

« Ainsi vivait cette petite fourmilière, reflet de la société des hommes. Le pire et le meilleur s’y côtoyaient. Avec ses règles, ses valeurs, sa morale, ses maîtres et ses valets, ses lions et ses moutons. Et toujours, comme dehors, la même volonté d’écraser les autres à la moindre occasion. On dit souvent que la prison est l’école du crime. Je crois surtout, au moins pour les surveillants, que c’est une école de la vie. Un fabuleux laboratoire où peuvent s’examiner tout à loisir les diverses facettes de la nature humaine. Les plus sombres comme les plus lumineuses. Où l’on s’aperçoit que, mis en communauté, l’homme n’a de cesse de recréer les règles qui l’ont fait exclure de la société. Hiérarchisation systématique des rapports humains, intolérance à l’égard de ceux qui ont le tort d’être différents... Ils n’ont plus la liberté, ils rejettent avec force l’égalité, beaucoup ignorent la fraternité. Mais ils vivent dans les prisons de la République ! »

Après La chute d’Adrien Jean-Michel Sieklucki aborde à nouveau la vie carcérale, qu’il observe cette fois-ci par les yeux d’un jeune surveillant. Ce roman palpitant et débordant d’humanité met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les membres de l’administration pénitentiaire pour mener une vie normale.

Mon avis

Grégoire Dumonchel a vingt-cinq ans et il vient de réussir le concours d’entrée dans l’administration pénitentiaire.
Il est fier et croit en son métier, à savoir aider ceux qui sont abandonnés par la justice. Il a la vocation et espère exercer son travail dans la sérénité.

C’est mal connaître ce milieu. Le lecteur comprend immédiatement que l’auteur maîtrise parfaitement son sujet.

Je suis rapidement happée par l’histoire de ce surveillant qui réalise son rêve. C’était sans compter sur les individus qui ne ressemblent en rien à ce qu’il a imaginé. Même si Grégoire savait qu’il n’avait pas dans sa prison, des enfants de chœur, il était loin de penser à ce qu’on pouvait lui demander à lui, jeune diplômé. Quand il se fait accoster chez lui, il ne comprend pas où cela va l’emmener et arrive « le temps des exigences ». Le titre prend alors tout son sens.

Il refuse de se laisser intimider, mais malheureusement les sollicitations se font de plus en plus violentes à l’extérieur. Obligé de déménager et de ne pas mêler sa copine à ses ennuis, le lecteur suit avec angoisse le suspense qui monte crescendo au fil des pages.

Je constate que Grégoire n’est pas seul. Il a des amis sur qui il peut compter. Il sent qu'il va devoir faire confiance. « C’est là que je devais avoir une confiance aveugle… et le professionnalisme de son équipe ». Quand la fin est inéluctable, je me demande jusqu’aux derniers mots, si tout va bien se passer pour lui.

« Dans un demi-sommeil, je me faisais le film. J’y étais. Combien seraient les agresseurs ? … Combien de véhicules ? »

Grégoire voulait juste être surveillant. Il ne pensait pas mettre sa vie en danger. Je suis écœurée, mais malheureusement pas surprise par l’absence de réactions de sa hiérarchie. Je sens bien la solitude du jeune homme face à une situation qui le dépasse.

J’aime bien l’écriture de Jean-Michel Sieklucki qui distille par-ci par-là des souvenirs comme : « Je revivais Maigret. Il ne manquait que la pipe. » et des clins d’œil au monde actuel « c’est vrai qu’aujourd’hui on ne fume plus qu’en extérieur. Une manière nouvelle de faire le trottoir. On ne dit plus au partenaire : tu montes ? mais plutôt : tu descends ? »

L’histoire se déroule comme dans un film et le lecteur ne s’ennuie pas une seconde. Je la qualifierai même de policière. Une belle réussite.


lundi 23 septembre 2019

G.F SPENCER - Le monde selon Marie


Résumé

1863 - Mexique. Interpellé par les services de renseignements, Ivan Chtov, un écrivain russe, se retrouve malgré lui sur le continent américain. Blessé au cours du siège de Puebla, il est sauvé par Marie. Sur fond d'un périlleux voyage initiatique à travers l'Amérique du Nord où s'entremêlent romance, espionnage, anciennes légendes et religions, Ivan va découvrir les étranges pouvoirs de sa compagne. Fruit de quatre années de documentation et de voyages, ce récit uchronique de G.F. Spencer est un échantillon de ce que fut l'Amérique du Nord du XIXe siècle, du point de vue de ses croyances chrétiennes, indiennes et vaudou.

Mon avis

Je connais l’auteur G.F Spencer par l’intermédiaire de messages, de discussions sur ma page, mon blog, bref, des bavardages sympathiques.
J’ai donc suivi avec plaisir tout son cheminement pour arriver à la parution de son livre. J’ai aimé sa présentation pour sa promo comme on dit. Et un jour, j’ai reçu son roman dans ma boîte aux lettres…

Comme d’habitude, je le feuillette comme ça pour m’imprégner un peu de l’histoire, sans la lire, et je me demande toujours comment l’auteur en est parvenu à écrire ça, dans quel état d’esprit était-il, où était-il installé, écoutait-il de la musique (je crois que non, il me semble que G.F a besoin du silence), buvait-il du thé, avait-il un animal à ses pieds…
Ici, connaissant l’auteur à travers nos discussions, enfin connaître un bien grand mot, connaît-on vraiment quelqu’un ? J’ai un peu d’appréhension, car je l’ai vu progresser ce livre, et maintenant il est entre mes mains.

Dès les premiers dialogues, et c’est la première fois que ça arrive, je reconnais la gouaille de G.F, j’entends sa voix dans celle de Ivan. Je souris, je ne vais pas être déçue j’en suis certaine.
Pourtant au fil des pages, il faut que je m’accroche parce que ce n’est pas mon genre de lecture habituel. Moi, c’est plutôt le feel good si vous voyez ce que je veux dire.

« Que leur prend-il donc ? C’est bien à la guerre, qu’on nous envoie. On dirait que ça les amuse. » Vous l’avez compris, je ne suis pas dans la romance.

Ivan est journaliste, pacifiste, il n’est pas soldat. Ses pamphlets irritent le tsar. Il pense alors qu’il va être expédié en Sibérie. Pas du tout. C’est une tout autre mission qui l’attend. Entre autres, ne pas participer aux combats, il est devenu un personnage trop important. Ah bon ?

Je suis subjuguée par sa rencontre avec Marie, sur fond de magie noire et d’incantations. L’auteur manie magnifiquement sa plume en nous partageant ses envolées lyriques telles que :
« Au royaume du sommeil, de ma main je vous touche, votre corps m’émerveille,…. Au royaume du sommeil, tout votre être me touche »
Mais ce poème était dans la tête d’Ivan et Marie le connaît. Marie est dans ses pensées ?

Mais qui est donc cette femme ? Quel âge a -t-elle ? Est-ce elle la Malinche ? Elle est pourtant celle dont Ivan tombe amoureux… Tiens, tiens, finalement, ce roman est une romance ? Pas que…

De nombreux messages de paix sont distillés au fil des pages. À chaque nouvelle rencontre, le lecteur en apprend un peu plus sur le rôle de Marie.

Certains passages m’ont fait froid dans le dos, car la magie, les sorciers vaudou, mélangés savamment à la religion chrétienne, vous font craindre le pire.

Je salue le travail de recherches de G.F Spencer qui a pris quatre années pour mettre au point ce roman qui a une suite avec Swann… Mais qui est Swann.
C’est une belle histoire, agréable à découvrir, et finalement addictive. J’ai aimé et je vous la recommande, mais lisez là tranquillement, sans bruit, comme a certainement dû l’écrire l’auteur, pour bien vous imprégner de l’ambiance et vous laisser emporter dans les flammes de l’enfer, à moins que vous ne sachiez prononcer la prière qui vous sauvera.

Et quand j’arrive à la fin, et que je découvre les remerciements … je vois mon nom… je referme le livre, je suis touchée.


dimanche 8 septembre 2019

Bernie Féré - Un chemin nommé Bertille Tome 2



Résumé

« Comment oublier ce village et toutes les souffrances qui s’y rattachaient ? Tout comme ses propos devenus leitmotiv […] : la beauté des éclaircies arrive toujours à adoucir la noirceur des tempêtes de la vie, redonnant à l’horizon du quotidien des allures insoupçonnées. Aujourd’hui encore, Bertille s’accrochait à cette théorie, celle portée par la balance du destin. »

Bertille Dubois, aujourd’hui âgée de trente-six ans, nous dévoile sa personnalité aux forts contrastes. Sur fond de jeu de piste et avec beaucoup de pudeur, elle nous fait découvrir le cheminement de sa famille et de ses proches depuis 1960, l’année de ses sept ans. Fille, femme et mère à son tour, elle poursuit sa route, confrontée bien malgré elle aux méandres et aux facettes obscures de la nature humaine.
Emportée par une curiosité insatiable à découvrir la vérité sur son amie Brianne, Bertille s’engage dans une quête susceptible de tout remettre en question… Ses convictions, qui jusqu’à présent régissaient ses actes, lui permettront-elles de rester intègre face aux événements inattendus venus perturber son existence ?

Ce nouveau Chemin nommé Bertille nous parle sans détour des émotions les plus inavouables engendrées par la jalousie, celles capables de réinviter le passé. Entraînée dans un tourbillon fait d’amour, d’amitié et de déchirement, l’enfant devenue femme se dévoile dans une force et une fragilité désarmantes. Nous sera-t-il possible d’ignorer cette histoire si proche de la nôtre ?

Mon avis

J’ai lu ce livre en deux temps. Je vous explique pourquoi.

J’ai quitté une petite fille Bertille âgée de 7 ans avec sa fragilité et sa manière d’écrire ses lettres à sa maman Violette et j’ai pensé naïvement la retrouver dans le tome 2.

Mais Bertille a maintenant 36 ans. Elle n’est plus une gamine mais une femme et son langage a bien changé. J’ai du mal à retrouver son insouciance qui m’échappe. Elle est comme vous et moi avec ses problèmes d’adulte et je suis triste, même si je suis réaliste.

La plume de Bernie Féré est pourtant la même. Sa douceur, sa fragilité et sa fluidité sont toujours là, mais j’ai perdu Bertille au détour des pages.

C’est une femme tourmentée que je découvre. Autant les autres personnages déjà présents dans le premier tome sont restés les mêmes, autant Bertille a complètement changé et ça me perturbe.

Alors j’abandonne ma lecture et essaie de comprendre ce qu’a voulu faire passer comme message l’auteure. Je réfléchis et me dis que comme tout un chacun Bertille a grandi et que l’enfance s’en est allée.

Je reprends donc mon livre quelques jours après et oublie Bertille, petite fille. Je découvre  un monde de jalousie, de haine, de tricheries. Et là, je pense que Bertille ne va pas s’y perdre. Elle a déjà bien assez été éprouvée dans ses jeunes années. Justement, c’est dans cette force qu’elle a su développer gamine qu’elle va s’en sortir.

J’avance alors plus sereinement dans ma lecture. Enfin, pas tout à fait parce que je ne tarde pas à rencontrer le nouveau personnage de Brianne qui me laisse un goût d’amertume dans la bouche. L’amitié est mise à mal, mais à un point que je ne peux même pas l’imaginer. La jalousie est présente en toile de fond et suinte à chaque mot prononcé. Bertille qui ne peut pas avouer une seule seconde qu’une telle trahison puisse exister est malmenée, malheureuse, et je remercie l’auteure d’avoir gardé pour Patricia, sa solidité et son indéfectible affection tout comme tonton Rémy qui est le roc sur lequel Bertille peut s’appuyer.

Et puis Gabin… Lorette, Germain, tout ce monde qui transite autour de Bertille… et enfin Ambre.

Quand je referme le livre, je suis secouée, car c’est à la fin que j’ai retrouvé ma Bertille, celle de ses 7 ans.
J’ai eu l’impression que ce livre a été écrit dans la douleur et qu’elle a disparu avec l'épilogue « Je ne vous oublierai jamais. Vous m’avez tant donné ». Et aussi « ce baiser, volé lorsque j’avais sept ans, juste avant de partir à l’école… » Vous m’avez fait pleurer Bernie, mais il a fallu que j’arrive à la dernière page pour me laisser submerger par l’émotion.



jeudi 8 août 2019

Laurence Martin - Nouvelles voies



Résumé

Pour quelles raisons partiriez-vous ?
Quelle autre vie ? Quelles nouvelles voies ?
Vous décideriez-vous dans l’heure ou prendriez-vous votre temps ?
Voici le récit de départs irréfléchis ou orchestrés, volontaires, subis ou rêvés… définitifs, libérateurs.
Au travers de ces dix nouvelles, l’auteure vous invite à suivre des personnages en quête d’un autre destin.

Mon avis


Tout d’abord, j’adore la couverture. Ce vert, couleur d’espérance, qui tranche sur le gris, correspond tout à fait aux nouvelles de Laurence Martin. Je salue l’illustrateur qui a su capter l’essentiel. L’espérance, mais aussi l’amour qui est partout, sous différentes formes.

J’ai découvert l’auteure avec « L’eau de Rose », un livre formidablement écrit avec une telle sensibilité que je me demandais si j’allais retrouver ici la même chose.

Dix nouvelles se succèdent et je suis submergée par l’émotion immédiatement. Comment Laurence Martin a-t-elle pu réussir ce tour de force de m’émouvoir à chaque page, à chaque histoire. J’ai une préférée, une qui se dégage du lot, une qui me fait chavirer, une qui me fait pleurer, me fait gonfler le cœur vous savez quand vous avez du mal à respirer, c’est Oscar.
Dans l’écriture de chaque nouvelle, de chaque départ, je sens une grande souffrance comme si Laurence Martin rendait ses comptes les uns après les autres et se lavait de toute cette tristesse. Le vocabulaire employé que ce soit dans Oscar, ou les colonies, sonne vrai et me plonge dans des temps anciens.

Ma chance, Six mois, Toi seule sais, et Double-crème sont des hymnes à l’amour et je suis touchée à un point que je salue l’auteure qui a su écouter et regarder la vie avec les yeux de l’amour. Les mots sonnent juste et vous, moi, nous retrouvons dans la peine des protagonistes parce qu’un jour nous l’avons vécue.

Au-delà et Il faut que je te laisse, sont des départs difficiles, mais très optimistes finalement. Quant à l’amour propre, j’aime beaucoup le sens qu’on peut donner à cette expression, comme si l’amour pouvait être sale. Vous comprendrez en lisant l'histoire et là encore, je ne peux m’empêcher de retenir une larme.

Un très beau recueil. Laurence Martin a transformé l’essai comme diraient les amateurs de rugby. Je me souviens que l’auteure, lors d’échanges, craignait que son second livre ne soit pas aussi bon que le premier. Vous pouvez être rassurée, Laurence Martin, ce recueil de nouvelles est un bijou.