lundi 6 avril 2020

Rime de Bervuy - Au clair de la louve Tome 3 - Clair Obscur




Résumé

Maryhead et Renan sont à nouveau éloignés l’un de l’autre. La sorcière essaye de se reconstruire en Alsace après l’épreuve qu’elle a traversée. Pendant ce temps, le vampire aide Eclipse à résoudre un problème épineux au cœur des Carpates.
La séparation sera-t-elle bénéfique à nos amoureux ou créera-t-telle au contraire de nouveaux problèmes ? Qui est ce mystérieux Marcus Collins ? Maryhead semble s’accrocher à lui pour ne pas sombrer.
La jeune femme et le Seigneur Obscur devront une fois encore affronter leurs doutes pour espérer se retrouver. Rien ne sera simple mais ils pourront compter sur des alliés parfois inattendus…

Mon avis

Pour la troisième fois, je retrouve Maryhead et Renan et la plume de Rime de Bervuy.

Je suis surprise par la verve de cet auteur qui prend de plus en plus son envol et de la confiance en son écriture.

Je me demande à chaque page où elle trouve son inspiration. Son imagination ne semble pas avoir de limites, et pour une lectrice comme moi qui n’aimait pas trop ce genre de roman, je suis toujours enchantée et avide de connaître la suite.

Évidemment, la romance entre la jolie sorcière et le beau vampire est omniprésente, mais même si de nombreux problèmes surgissent, heureusement sinon il n’y aurait pas d’histoire et le lecteur s’ennuierait, le thème de la fidélité est largement représenté. Et on ne rigole pas avec ce sentiment, jamais !

Parsemé ici et là, je retrouve ce qui tient à cœur à l’auteur. C’est distillé à petites doses, mais je comprends à travers les mots qu’une blessure commence à cicatriser et peut laisser imaginer qu’un jour quelque chose de nouveau pourrait naître.

La louve dans cet opus est moins présente, parce que Maryhead est bien malmenée par ses souvenirs, mais surtout, elle est seule. J’admire beaucoup l’alchimie qui existe entre les deux amants, l’un va mal l’autre aussi. Là encore, j’ai l’impression que Rime de Bervuy connaît parfaitement ce sujet. Ils ne sont bien qu’ensemble. Mais que pourrait-il encore leur arriver ?  

La famille Mancini bien sûr ! Je crois que l’auteur conduira jusqu’au bout sa quête par rapport à cette famille pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Un tome 4 est en cours d’écriture… Je vais donc patienter. Sachez que celui-ci compte quand même 462 pages… qui se lisent avec une facilité déconcertante.

La louve gronde en moi… Un an au moins avant de connaître la suite…


lundi 30 mars 2020

Christophe Matho - Orazio



Résumé

En septembre 2012, un éditeur est convoqué chez un notaire qui lui remet un manuscrit confié à son étude il y a très longtemps. Il s’agit d’un roman écrit par une écrivaine. Célèbre à son époque, elle craignait que la postérité ne l’oublie. Elle avait organisé la découverte de cet ouvrage plusieurs décennies après sa mort. L’arrière-grand-père de l’éditeur, un jeune homme qui fuyait l’Italie fasciste était tombé sur une énigme qu’il avait su résoudre et qui l’avait conduit jusqu’à un autre notaire dans les années trente. Ce manuscrit contient un lourd secret. Ce n’est pas le hasard qui a conduit ce jeune Italien et une paysanne creusoise qu’il a rencontrée sur son chemin à résoudre cette énigme. Le cheminement de ce manuscrit à travers le temps a été soigneusement orchestré par ceux qui avaient décidé que son secret ne serait dévoilé que le moment venu.

Mon avis

Si vous aimez le jeu de piste, alors vous allez vous amuser. J’ai beaucoup aimé découvrir le cheminement du manuscrit.

J’ai aussi fait connaissance avec la plume de Christophe Matho qui m’a séduite par sa manière de raconter et de dialoguer. J’ai retrouvé la commune de Fresselines, que j’avais entrevue dans un autre roman.

Les chapitres en italique me plongent dans l’histoire proprement dite du manuscrit qui commence en 2012 et se terminent en 1871. Comment se fait-il ?
Pour le savoir, il faudra lire le livre, mais comme je vous l’ai dit plus tôt c’est un jeu de piste et la chute… ma foi… pourrait présager une suite… à laquelle je doute…

Légère romance sur fond de politique fasciste, je partage avec plaisir les péripéties d’Orazio. Qu’est-ce qu’il est enjôleur et délicat avec sa belle Armance et qu’est-ce qu’il y a comme bons sentiments dans ce roman.

Si j’avais un mot pour définir celui qui prime dans cette histoire c’est la générosité, elle est partout. Je la débusque, quand le jeune toscan cherche du travail, quand il doit se cacher, quand il est reçu chez Armance, quand ses collègues lui expliquent ce qu'il doit faire, quand il découvre la pêche à l’écrevisse, quand ses amis le protègent.

Un brin de magie s’ajoute …

C’est un roman qui fait chaud au cœur, qui fait du bien et que le lecteur a envie de relire.


samedi 21 mars 2020

Hélène LEGRAIS - Le front dans l'azur


Résumé

Été 36. Madeleine, élève-infirmière et athlète prometteuse, monte dans le train à destination de Barcelone pour participer avec la délégation française aux Olympiades populaires antifascistes, organisées en réaction aux Jeux olympiques de l’Allemagne nazie à Berlin.
Des compétiteurs venus de tous les pays se retrouvent en Catalogne pour une grande fête du sport et de la fraternité. À l’hôtel, au stade de Montjuïc où ils s’entraînent, au gré des promenades dans une ville riche de découvertes, les amitiés se nouent dans la joie et l’enthousiasme. Mais, la veille de la cérémonie d’ouverture, le coup d’État militaire de Franco plonge Barcelone dans le chaos et signe le déclenchement de la guerre.
Courtisée par Marcel, brigadiste libertaire parisien, et Aleix, militant catalan indépendantiste, Madeleine est emportée dans la tourmente qui s’empare de l’Espagne…

Mon avis

Quelle femme courageuse cette Madeleine, élève infirmière. Arrivée à Barcelone pour participer aux Olympiades populaires, elle se retrouve à soigner des patients sous les bombes.

J’admire cette force de caractère et j’apprécie beaucoup la plume de l’auteur qui a su me captiver dès les premières lignes. C’est un roman qui retrace bien l’ambiance de l’époque, et je ne me suis pas ennuyée à la lecture. Ce livre est frais, vrai, riche en émotions variées et j’ai suivi avec plaisir Madeleine.
Même sous la pression de cette guerre, elle y ressent les premiers émois amoureux. Mais qui de Marcel ou d’Aleix sera-t-elle éprise ? Sous le bruit des bombes, des patients à soigner, elle devra faire un choix qui ne lui semble pas évident. Elle qui n’était qu’une élève infirmière se retrouve en première ligne. Pourtant elle pense qu’elle ne fait rien d’exceptionnel.

J’y découvre également une Madeleine malmenée par les sentiments qu’elle éprouve pour ses parents, elle n’hésite pas à s’engager malgré leur interdiction. Elle reviendra pour sa maman quand celle-ci sera malade. Mais, Madeleine n’oubliera jamais ce pour quoi elle est faite. Madeleine se dévoile petit à petit au fil de l’histoire. Elle qui ne se trouvait pas intéressante, le deviendra grâce à une photographe qui saura la mettre en valeur. Les femmes sont joliment mises à l’honneur et font preuve de bravoure, parfois au péril de leur vie.

Elle arrivait à Barcelone pour courir, elle courra… mais sous les bombes, après le temps, après ses amis, après le bonheur.

Je félicite Hélène Legrais pour avoir retracé aussi habilement cette époque, puis d’avoir placé en avant une héroïne attachante, droite et courageuse.

lundi 24 février 2020

Joël Macron - Le caillou blanc


 Résumé


L'île d'Yeu, pendant les années 70. Alain et ses camarades parcourent l'île à vélo, avec l'insouciance propre à l'adolescence et la joie de sillonner librement tous les recoins de l'île. Pierre, arrivé depuis peu, tente de se joindre au groupe et y parvient difficilement, épaulé par Alain ... Mais qui est vraiment Jacques, le père de Pierre ? Et quel est son projet ? Un jour, c'est le drame : Pierre meurt accidentellement. Alain quitte l'île d'Yeu et ses amis. Le hasard de la vie les réunit à nouveau au début des années 2000 ... Alain retrouve l'île de son adolescence et ses amis. Ils déroulent ensemble l'écheveau du passé : celui, terrible, de Jacques, et les événements qui ont provoqué la chute mortelle de Pierre.

Mon avis

Le premier mot qui me vient à l’esprit c’est plaisir. Oui, j’ai aimé cette histoire racontée au fil de l’eau. Alain déroule sa vie, son adolescence, ses amis, et c’est doux, c’est du bonheur à l’état pur. J’imagine que l’auteur a vécu cette symbiose avec sa bande de copains, mais aussi ses parents, parce que tout sonne vrai. Il n’y a que des choses simples.

Je sillonne avec lui, en vélo, les recoins de son île. Je participe aux baignades, aux pique-niques avec ses camarades. C’est un régal. Je me suis beaucoup reconnue dans son histoire et je pense qu’il en sera de même pour tous ceux qui ont passé de belles vacances d’enfant, ou qui retrouvaient les mêmes endroits.

Évidemment, Pierre est le nouveau venu dans la bande. Je capte l’attention que met Alain à accueillir cet inconnu. En effet, Alain déménage souvent à cause du métier de son père qui travaille à la poste. Il doit à chaque fois se refaire de nouveaux amis. Aussi, il est celui qui comprend le mieux Pierre qui débarque. Mais ce nouveau venu est différent… Son papa est illustrateur, mais il cache un secret. Quand Pierre meurt suite à un accident, Alain a du mal à s’en remettre et comme il va devoir partir, son paternel l’ayant prévenu qu’un poste l’attendait ailleurs, il va quitter ses copains sans trop d’au revoir. Une adolescence qui se termine rapidement.

J’aime beaucoup le sens de l’amitié que nous propose l’auteur. Elle est présente de bout en bout.
De multiples sentiments jalonnent les pages notamment ceux avec Freddy et Mireille. Une tendresse qui ne s’est jamais démentie malgré les années passées. Je salue l’abnégation de Mireille qui me laisse un tantinet sceptique, mais aussi sa ténacité à découvrir la vérité sur l’accident de Pierre.

Je repère encore de jolis clins d’œil à l’écrivain… Alain imagine des polars, voire des thrillers. Les descriptions m’ont arraché des sourires et j'aimais bien sa manière de les retranscrire au petit matin.

Le caillou blanc me fait penser à un souvenir d’enfance que l’on garde dans sa poche, puis dans un tiroir ou une boîte à secrets. Puis un jour, on retrouve ce caillou et remontent à la surface tous les bons moments, alors on les raconte. Ce livre c’est tout à fait ça… enfin… presque… j’aime beaucoup la chute « … je prends une longue inspiration……. Je ne vois pas d’autre explication… ».




samedi 15 février 2020

Laurence Venturi - Le tableau



Résumé

Et si, vous aussi, vous découvriez un Modigliani chez vous ? Impensable ? Délirant ? Et pourtant, c'est l'histoire véridique que Laurence Venturi nous raconte, de l'enquête quasi policière pour authentifier le tableau aux bouleversements psychologiques et sentimentaux provoqués par cette aventure où tous les secrets de famille volent en éclats. Un vrai roman.

Mon avis

Cette histoire racontée à la première personne est pleine de suspense. Laura découvre un tableau dans sa cave. Il fait partie de la collection de son mari Giulio, un italien qui adorait son grand-père décédé, Silvio.
Aussi, elle fait tout pour le protéger et elle se rend compte qu’il pourrait être un authentique Modigliani.

Commence alors une quête, je dirais même une course contre la montre, c’est du moins mon ressenti, pour savoir si c’est vrai ou pas.

Laura ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Elle cherche, elle note, elle fait des rencontres, elle bouscule, elle dérange. Ce tableau prend toute la place dans sa vie et dans celle de sa famille. À tel point que lorsqu’elle découvre des secrets inavouables sur le grand-père de son mari, elle n’ose pas en parler à son homme. Elle en oublie son petit garçon Lorenzo à l’école, ses filles en pleine adolescence.

J’aime beaucoup l’ambiance italienne qui règne dans cette histoire, mais Laura m’agace. L’adage, ne pas ouvrir la boîte de Pandore, prend ici tout son sens. Elle reste pourtant attachante dans sa quête de la vérité, mais elle néglige le principal : sa famille et le respect que son mari vouait à son Silvio.
Le but premier était de trouver si le tableau était un authentique Modigliani, j’en viens à me demander si ce n’est pas encore prouver que le grand-père finalement, n’est pas aussi propre et intouchable. Juché sur un piédestal au point qu’un portrait de lui trône dans la maison, il est difficile de l’en faire descendre. Mais Laura continue à démonter petit à petit cette aura qui l’entourait, et ce, malgré les regards de Silvio qu’elle sent posés sur elle et qui la suit goguenard. D’ailleurs, j’aime cette image.
Je reconnais que le but est louable. Si ce tableau est un véritable Modigliani, elle et sa famille seront à l’abri du besoin. Son mari pourra alors lever le pied et ne plus se tuer à la tâche comme il aime le faire. Elle l’adore son Giulio, je n’en doute pas une seconde.

Je salue le travail de recherches qui jalonnent l’histoire, et j’apprécie l’enquête policière qui peu à peu se détache de ce roman. Un jour Laura espère puis le lendemain, tout est à refaire. C’est un joli jeu de piste et je m’y prête jusqu’au point final.

Je pourrais terminer en applaudissant l’artiste, autant l’auteur de ce livre que Modigliani qui aurait peint le tableau…



lundi 10 février 2020

Serge Camaille - Un charmant petit village


Résumé
Au milieu des années 60, le charmant petit village niché au cœur de la forêt de Tronçais vivait des heures paisibles. Jusqu’à l’arrivée de Gaspard… Gaspard le charmeur, Gaspard l’opportuniste, Gaspard aux dents longues ! Aussi, tous les malheurs s’abattant sur le village depuis son avènement lui étaient attribués par la rumeur. Jusqu’à ce beau matin où un ultime drame survint sans que les gendarmes n’y voient goutte. Excédé, le maire réunit alors un conseil municipal extraordinaire et élargi qu’il nomma « Comité », en vue de se débarrasser enfin de Gaspard… Oui mais de quelle manière ? Ce fut Gilles, l’ébéniste du village qui crut résoudre le problème : il allait faire appel à Laurent, son vieux copain de régiment… Était-ce bien raisonnable ?
Une fable bucolique dans le somptueux décor de l’ancestrale forêt de Tronçais.

Mon avis

D’entrée, j’adore !
« Mais qu’est-ce que je fous là, moi, à me les geler dans cette bagnole pourrie ? … »

Laurent le vieux copain de régiment de Gilles est appelé pour régler une d’affaire. Mais de quoi s’agit-il donc ?

Les deux amis d’armée se sont raconté des histoires comme on en raconte quand on est jeune et qu’on veut se faire mousser. Laurent est drôle de bout en bout du livre, il a imaginé qu’il serait gangster et il fait avaler ça à son pote.

Les années passent, ils s’écrivent par-ci par-là et Laurent est finalement un grand bandit et le dit à Gilles. Vous pensez bien que dès qu’il y a une affaire à régler sans faire de vagues, Gilles va appeler son copain de régiment. Je bois les paroles de Gilles quand il raconte, à sa manière pour bien expliquer à son ami, l’histoire qu’il va devoir mettre au point. Tout y est, le café et sa salle du fond, la bière, l’impatience de Laurent qui aimerait que ça aille plus vite.

Au fil des pages, je ris, je m’amuse, je me crois dans le film des Tontons flingueurs. D’ailleurs lorsque l’auteur y fait référence, je dis tout haut « Ah, je le savais » ce qui fait lever la tête à mon homme qui me demande « tu disais ? ». Je replonge aussitôt dans l’histoire que j’ai dévorée en… même pas une journée. C’est drôle, c’est frais, c’est truffé de rebondissements, de quiproquos. Je ne m’ennuie pas une seule seconde et quand j’arrive à la fin, je ris encore.
Les bons sentiments fleurissent à chaque page, le maire je le verrais bien en Peppone sans son acolyte.

La plume de Serge Camaille est enlevée, digne d’un texte d’Audiard, et je m’amuse follement.
« … Vous rendez-vous compte de la gravité de vos propos ? … Ben oué ! De toute façon j’ai rien fait moi. Et pis il avait qu’à pas se servir de ma grange ! Y’avait plein d’aut’places… »

C’est un livre à dévorer, si vous avez envie de passer un bon moment. Vous entendrez au loin les voix de Bernard Blier et de Lino Ventura et vous songerez qu’il y en a du beau monde dans ces 140 pages. Quand en plus, vous rencontrerez, le maire style Peppone alors là, vous penserez que c’est parfait.
« … Pourquoi ? Je vais vous expliquer pourquoi ?... pour assainir ma commune… J’ai tenté de pallier à l’incompétence de la gendarmerie… Et quand je dis incompétences, c’est pour ne pas avancer d’autres hypothèses…. »

Venez donc dans ce « charmant petit village » mais méfiez-vous de Gaspard.





mardi 4 février 2020

Corinne JAVELAUD - L'ombre de Rose-May



Résumé

Au milieu du XIXe siècle, dans une ferme du Limousin, la famille Ribéroux mène une vie sans histoire jusqu’au jour où la petite Rose-May, confiée à la responsabilité de son frère, Léonard, par ses parents, occupés aux travaux des champs, est mystérieusement enlevée. On a beau interroger tout le village, fouiller les environs, l’enfant reste introuvable et la disparition inexpliquée.
Plusieurs années après, Léonard croit reconnaître sa sœur dans les traits d’une ouvrière porcelainière rencontrée lors d’une foire aux bestiaux. Mais l’inconnue se dérobe, le laissant à ses questions. Pour le jeune paysan, c’est le début d’une quête enfiévrée qui le mènera des manufactures de porcelaine de Limoges jusque sur les traces d’un forçat du bagne de Rochefort à la poursuite d’une bouleversante révélation.

Mon avis

Quelle belle plume !
Corinne Javelaud m’entraîne immédiatement avec Brune dans sa ferme du limousin. Elle accouche d’une petite fille dans une grange. Le décor est planté.
Brune et Léandre Ribéroux sont un couple de paysans, travailleurs, qui ne font pas d’histoires mais qui peuvent éveiller la jalousie. Ils ont un fils, Léonard, un garçonnet aux boucles blondes.
C’est lui qui a la garde de sa petite sœur quand les parents sont aux champs. Il prend cette marque de confiance très au sérieux. Il est aussi très courageux et n’hésite pas à aider à la ferme au détriment d’aller à l’école. C’est une perte de temps pour lui. Son père m’amuse avec son dédain face à l’instituteur.
La disparition de Rose-May est une épine plantée dans son cœur durant sa vie entière. Il n’a jamais abandonné l’espoir de la retrouver et sa culpabilité fait peine à voir. Je remarque avec émotion que jamais ses parents ne lui ont fait de reproches. Alors qu’eux en ont entendu : on ne laisse pas une gamine de 3 ans à la surveillance d’un garçonnet. Léandre Ribéroux a parfaitement su répondre et Brune a toujours défendu son fils.

Tout au long du livre, je sens le chagrin du couple. Brune, qui continue son labeur sans relâche. Elle n’épargne ni son corps, ni ses forces. Léandre, la rage au ventre, qui exécute son travail, en silence. Ni l’un ni l’autre n’est bavard et la tristesse est latente.
Léonard, beaucoup plus bravache, essaiera de découvrir la vérité. Et quelle vérité !

Deux mondes se côtoient : la porcelaine, la terre.
Les pauvres, les riches. La jalousie et la réussite à n’importe quel prix.
Et le silence.

J’aime beaucoup Léonard. J’apprends à le connaître gamin, puis adolescent et enfin adulte. L’auteur en a fait un personnage attachant, respectueux. Il est droit dans ses bottes et sa vie est rythmée avec celle de ses vaches, des récoltes, de la nature. Il est simple, et c’est cette simplicité qui m’émeut. Il cherche la vérité sur la disparition de Rose-May. Pour cela, il va être secondé par Bertille, la fille d’un rebouteux, d’un homme qui soigne avec les plantes et qui a le don de connaître beaucoup de choses mais de ne pas les divulguer, sauf à bon escient. Il ira jusqu’au bout de sa quête, bravant la crainte de ne pas être bien reçu dans ce monde qui n’est pas le sien. Il croisera sur sa route des gentils qui l’aideront et des méchants qui lui feront perdre beaucoup de temps. Il ne s’imagine pas que la porcelaine tiendra une grande place dans sa vie.

Je me rends compte que chaque mot a son importance et que les personnages ne parlent pas pour ne rien dire. De ce fait, retrouver Rose-May est difficile, car même si certains pourraient savoir, ils se taisent.

J’apprécie beaucoup le choix des prénoms. Léonard, Rose-May, Joséphin, Brune, Bertille, Léandre…
Je trouve aussi que la dignité est terriblement bien représentée dans cette histoire, et ce jusqu’à la fin du livre où elle reste présente.
De même, le respect et la justice sont des choses qu’on ne prend pas à la légère.
Je retrouve ces sentiments au travail de la porcelaine, où pour citer les mots écrits sur la 4ème de couverture « Avec une délicatesse et une sûreté de touche digne de l’art de la porcelaine de Limoges… » Oui, Corinne Javelaud manie sa plume avec délicatesse, légèreté, émotion, simplicité et je suis émerveillée.
Pas un instant, je suis ennuyée par les descriptions nombreuses du travail de porcelainier et tout comme le jeune apprenti, je regarde, je m’informe, j’admire. Je salue les recherches approfondies effectuées pour avoir réussi à me captiver et à me fasciner comme une petite fille.

L’ombre de Rose-May plane, comme un ange… Je vous laisse avec elle…