mercredi 17 octobre 2018

Anne Plichota, Cendrine Wolf - Les Cœurs aimants



15 ans et plus, Jeunesse
Parution : 18 octobre 2018

Anne Plichota et Cendrine Wolf écrivent ensemble depuis près de dix ans. Leurs romans et séries ont conquis un large public autour de thèmes qui leur sont chers : l’identité, l’amitié, les relations amoureuses à l’adolescence.

Résumé

– Tu en as envie, Dana.
– Oui.
– Tu sais que je le sais.
– Oui.
– Alors qu’est-ce qui te retient ?
– Rien. Tout. Toi.

À bientôt vingt ans, Dana se sent toujours aussi perdue. Elle ne supporte pas son corps, son image. Cobalt, lui, est un séducteur qui déborde de confiance. Dans le huis clos du centre médical où ils luttent contre leurs démons – les troubles alimentaires pour elle, le cannabis pour lui –, leurs regards n’auraient jamais dû se croiser.
Et pourtant…
Au fil des jours, un lien inattendu se tisse entre eux. Cobalt va amener Dana à lâcher prise, à accepter d’être désirée. Elle qui supporte à peine de se regarder dans un miroir va peu à peu apprendre à aimer.
Et à s’abandonner…
Deux cœurs aimants.
Jusqu’à ce qu’une autre réalité ne vienne fracturer ce miracle si fragile.

Mon avis

Je remercie tout d’abord XO EDITIONS et Valérie Taillefer pour ce service de presse. Comment Valérie a-t-elle pu savoir que cette histoire allait me plaire à ce point ?
Quand j’ai reçu ce livre, la couverture blanche m’a aussitôt interpellée. D’une sobriété impeccable, avec deux yeux aux longs cils paupières baissées et une bouche rose.
Quant au titre, deux cœurs aimants. Deux cœurs qui s’attirent ? Qui s’aiment ? Qui se reconnaissent ?
Ils m’ont happée, kidnappée, et je me suis laissée emportée.

J’ai parcouru la première page… et je ne me suis pas arrêtée.
Quelle subtilité dans l’écriture de Cendrine Wolf et d’Anne Plichota. Elle y est présente tout le long de l’histoire.

Dana ne s’aime pas, ni elle, ni son corps. Très mince à la limite de la maigreur, elle ne se regarde jamais dans la glace et ne se touche pas. Elle n’est pas anorexique, non, elle n’aime pas manger et le peu qu’elle mange doit être blanc, sans couleurs. Comme elle.
Elle a perdu sa maman et vit avec son père et son chat. Un jour, elle s’effondre et sera internée au Centre Aurore.

Cobalt, lui, est haut en couleurs. Il déborde de confiance en lui à en être insupportable. Il aime les filles, il est beau et il le sait. Il est au centre pour se désintoxiquer du cannabis.
Pourquoi Cobalt ? Un prénom dur, brut, gris, qui écorche comme lui.

Dana voit Cobalt. Cobalt voit Dana.
Et leurs cœurs s’attirent, et vous entrez dans la danse avec eux. Deux aimants. Enlevez le i, vous avez quoi ?
Avez-vous déjà essayé de dissocier deux aimants ? Vous les éloignez l’un de l’autre, mais il ne leur faut pas longtemps pour se retrouver. C’est le cas avec Dana et Cobalt. Quand l’un arrive, l’autre n’est pas loin.

La souffrance de la jeune fille est palpable dans chaque mot, chaque geste, chaque soupir, chaque aliment qu’elle s’efforce de mâcher consciencieusement.  C’est au fur et à mesure de la lecture que je comprends pourquoi Dana ne mange pas.

Lui, il aime les jolies filles sexy qui se mettent en valeur, comme Candice qui lui tourne autour.
Dana est habillée d’un tee-shirt et d’un pantalon informe et pourtant c’est elle qu’il remarque. Sa beauté est intérieure. Il a envie de mieux la connaître. Il se demande pourquoi.
Le bourrin comme il s’appelle fait preuve d’une tendresse et d’une délicatesse pour apprivoiser la jeune fille qu’il ne se reconnait pas lui-même. Il mesure ses mots, ses gestes, car il ne veut pas lui faire mal, ni l’effaroucher.
Abîmé lui aussi par la vie, il a tant besoin d’aimer et de sentir aimé.

Dana se laisse amadouer et tombe amoureuse.
Je vous laisse découvrir à quel point les auteures font preuve d’une véritable sensibilité pour décrire l’évolution de leur histoire, prémices de la guérison de la jeune fille.

Le Centre Aurore est un huis clos. La vie des jeunes patients est rythmée par des cours, des entretiens avec les médecins, et des « Candice » …
Les rôles des thérapeutes sont très bien explicités. Ma préférence va à  Rose, l’infirmière Betty Boop.

Dana n’aspire qu’à sortir, ne serait-ce que pour savoir qu’elle est guérie, qu’elle va retrouver son père et son chat… Mais elle perdra-t-elle Cobalt.

C’est lui qui sortira le premier…

La chute est fidèle à elle-même, subtile, délicate, pleine d’émotion.

Merci pour cette histoire racontée avec finesse et qui m’a marquée et émue profondément.




lundi 15 octobre 2018

Martial Debriffe - Un médecin de campagne


Résumé

Dans l’Alsace meurtrie de l’après-guerre, un jeune homme rêve d’une autre vie. Passionné de sciences, Pierre voudrait devenir médecin. Mais cette ambition n’est-elle pas trop grande pour lui, fils de simples commerçants de la vallée de Munster ? Pour éblouir Marguerite, la femme qu’il aime, il tente sa chance. Après avoir obtenu une bourse d’études, le jeune homme gravit rapidement les échelons d’une profession qu’il exerce comme un sacerdoce, jusqu’à devenir un brillant chirurgien. Mais peu à peu, Pierre se perd dans les fastes de cette carrière et s’éloigne des siens. La vanité de ses ambitions lui a fait oublier ce qui l’a initialement poussé vers la médecine : l’envie d’aider les autres et l’amour d’une femme. En quête de son passé perdu, le jeune homme va être entraîné dans une aventure qui bouleversera son destin.

Mon avis

La couverture m’interpelle immédiatement. Il fait brumeux, c’est l’Alsace et c’est la campagne.  D’ailleurs, le début de l’histoire nous plonge directement dans la grisaille du ciel.

Pierre est amoureux de Marguerite. Pierre veut devenir médecin.
Ou
Pierre veut devenir médecin. Pierre est amoureux de Marguerite.
Cette histoire est rythmée par ces deux phrases.
Mais Pierre est différent et Pierre est ambitieux. A cette époque, la différence et l’ambition ne font pas bon ménage.

Il est alors évident que ce fils de commerçants d’une grande usine dont la mère Marthe veut absolument qu’il en reprenne les rênes, va tout faire pour parvenir à ses deux rêves, jusqu’à oublier le pourquoi  il veut devenir médecin, ce qui est avant tout sa vocation pour le jeune homme. 

Pierre est malmené par la vie et j’admire le cheminement du jeune homme. Chemin parsemé d’embûches qu’il contourne toujours avec force et détermination. Jusqu’à s’oublier.
Le Docteur Jessica Praxmuller est certainement celle qui va influencer le plus le cours de sa vie. Elle est sa voisine de palier et joue du piano. Un jour où son père se languissant de lui vient le voir et que cette journée ne se passe comme prévu, il s’arrête. Il n’y a pas de hasard n’est-ce pas ?

Femme ambitieuse et n’ayant pas froid aux yeux, elle n’hésitera pas à faire de lui un autre homme. C’est aussi à cause d’elle que Pierre peu à peu va perdre de vue son ambition première et c’est aussi grâce à elle qu’il deviendra un grand chirurgien. Il la remerciera joliment.

Mais…
Pierre n’a jamais oublié un jour de pluie, sa rencontre avec le Docteur Rebeuh et sa fille Jeanne.  Il venait de quitter les siens pour suivre son idée d’être médecin et ces deux personnages l’ont accueilli avec simplicité en l’invitant à leur table et Jeanne en lui prêtant des habits pour qu’il se réchauffe.
Ce vieux médecin de campagne souhaite prendre Pierre sous son aile et une amitié sincère les unit.
Les sentiments des deux hommes sont forts et le Docteur Rebeuh ne mâche pas ses mots quand il se rend compte que Pierre oublie peu à peu sa vocation première. Il faudra des événements importants pour que le jeune homme s’en rende compte.
Jeanne quant à elle, est toujours présente, par touches subtiles comme dans une peinture, comme un ange gardien qui veille.

Jalousie, mesquinerie, rumeurs, sont monnaie courante dans cette histoire.
Plus d’une fois, je me suis insurgée contre les commérages concernant Pierre et je me demandais quand il allait réagir, contredire, rétablir la vérité. Il lui a fallu du temps pour ça et la lectrice que je suis avait envie de le secouer.

Edouard Prodhom est un être exécrable du début à la fin. Quant à Marguerite, pour moi, elle est insignifiante et je n’arrive même pas à comprendre comment Pierre pouvait être amoureux de cette jeune femme futile.

J’aime beaucoup la plume de Martial Debriffe qui nous plonge dans l’ambiance de l’Alsace d’après-guerre et qui est une écriture reposante. L’histoire se lit et se déroule avec simplicité comme Pierre qui au fond l’a toujours été.

lundi 8 octobre 2018

Bernie Féré - Un chemin nommé Bertille Tome 1



Résumé

1960, Bertille, choyée au milieu des siens, fête son septième anniversaire. Mais il suffira d’une seule journée pour anéantir ce bonheur parfait, éloignant à tout jamais la fillette du confort de sa vie parisienne.

Mois après mois, chahutée par des événements douloureux, elle raconte sa vie et ses pensées dans des lettres déchirantes adressées à ses parents. À sept ans, elle trouve des raisonnements inattendus pour adoucir sa compréhension face à la mort et se lance à corps perdu pour découvrir le secret de sa famille.

Bertille livre avec une pudeur déconcertante ses réflexions et ses analyses, ses peines et ses tourments, ses joies et ses affections.  

Mon avis

Qu’est-ce que le destin ? Il rime avec chagrin et fin pour Bertille. Un chagrin sans fin.

Il y eut un jour où tout a basculé. Est-possible de perdre le bonheur comme ça ?

Je ne vous cacherai pas que j’ai eu beaucoup de mal avec cette histoire. J’en ai abandonné plusieurs fois la lecture tellement ma sensibilité était mise à rude épreuve. Encore aujourd’hui devant mon écran, j’hésite, je change les mots, je reformule mes phrases afin qu’elles retranscrivent véritablement ce que j’ai ressenti et croyez-moi ce n’est pas facile.

Je salue tout d’abord la plume toute en délicatesse de l’auteur Bernie Féré. Un vocabulaire et des dialogues savoureux que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir, variant suivant les personnages et m’arrachant des sourires ou des larmes.
Ceux de Tante Simone et Le Rémi me plongent immédiatement dans l’univers paysan avec leurs phrases bourrues et pourtant pleine de tendresse. Tandis que ceux de Patricia, Maman Violette et Arthur, Léonie et Gustave Testard sont beaucoup plus raffinés.
Bertille quant à elle, au grand dam de sa tante, parle avec un langage qui lui tourneboule la tête.

L’histoire de cette petite fille m’a fait penser pour ceux qui le connaissent au chemin de croix vécu par Jésus de Nazareth. Il avance en portant sa croix, trébuche, se relève, est aidé aussi sur ce chemin, pénible et douloureux.
De même cette petite fille de sept ans ne comprenant pas ce qu’il est arrivé à ses parents, avance, trébuche souvent, se relève comme elle peut, et avance à nouveau avec tout le courage qu’on peut avoir à cet âge-là. Elle ne comprend pas tout et avec ses mots qui me touchent profondément, elle écrit son ressenti et ce qu’elle croit être la vérité.

Je suis extrêmement remuée quand elle écrit ses lettres à sa maman Violette pour lui demander de retrouver le chemin de la terre. On lui a dit que ses parents ont emprunté le chemin du ciel et « la P’tiote » espère de tout son coeur qu’ils vont retrouver celui de la terre. En lisant ce qu’écrit Bertille, je suis malheureuse et souffre avec elle. J’ai envie de lui souffler qu’ils ne reviendront pas, moi l’adulte je ne le sais que trop bien, qu’il faut qu’elle l’accepte. Ses lettres sont déchirantes au fur et à mesure que j’avance dans le livre, car Bertille trouve le temps long et pense que ses parents ne retrouveront jamais le chemin de la terre. D’autant qu’à un moment de l’intrigue, la confiance de la petite fille va être sérieusement ébranlée.

Heureusement pour elle, l’auteur a mis sur son chemin des personnages-amis qui veillent autant sur elle, que sur son petit frère Germain et sa petite sœur Leslie. Tous, même la Tante Simone sont attachants.

Celle-ci est un personnage haut en couleurs que j’aime beaucoup. Elle cache sous une carapace dure et austère, un cœur qui ne demande qu’à aimer. Mais comment savoir aimer quand personne ne lui a appris ?
Rémi, son voisin, devient le grand ami de Bertille. Solide, courageux, il n’hésitera pas à braver la colère de sa voisine qu’il connait bien. Tout au long du livre, je découvre jusqu’où pourra aller la solidarité paysanne de cet homme, veuf, qui vit maintenant près de sa sœur Yvonne.

Patricia est la meilleure amie des parents de Bertille. Cette jeune femme remettra toute l’organisation de sa vie en question pour le bien des enfants orphelins.

Bien sûr gravitent autour de ce petit monde, des personnes telles que par exemple le Docteur Gallois qui est appelé à soigner Bertille et qui est aussi celui à qui on peut faire confiance.   Léonie et Gustave Testard qui s’occupent de Leslie et Germain.
Toute une panoplie de caractères différents qui va toujours dans la même direction : le bien des enfants.

C’est l’histoire aussi d’une joute de chaque instant entre Patricia et Simone. Deux mondes différents qui s’affrontent. Rémi, au centre, a un peu le rôle d’arbitre ou de médiateur. Celui qui triturant sa casquette à la manière de Bourvil essaie d’arranger les choses avec son parler à lui. J’adore ces dialogues. Il me semble les entendre claironner avec leur « Alors ça va Le Rémi ? » « Oui et toi « La Simone ? ».

C’est aussi une belle histoire d’amour, émouvante, racontée avec brio et tendresse.
Bernie Féré est une véritable artiste. Elle a orchestré ce livre alternant des passages allegro correspondant à la bonne humeur de Bertille et sa joie de vivre, adagio symbolisant sa tristesse, pizzicato collant parfaitement aux dialogues de Simone très piquante quand elle l’a décidé, pianissimo c’est Le Rémi.
Il y a forcément un final dans un orchestre… Quel sera-t-il ?

C’est grâce à ce talent que j’ai VU ce livre comme un film qui se déroule. Merci. Ce fut un bonheur.


mardi 2 octobre 2018

Eric Costa - AZTEQUES HAREM



Résumé

Une jeune esclave peut-elle faire tomber un Empire ?

Lorsqu'elle retrouve son village en feu et son chien éventré, Ameyal se jure d'exterminer les Aztèques qui les attaquent. Mais son courage et sa volonté ne peuvent rivaliser contre les guerriers.

Elle perd tout, famille, amis, son village est détruit et elle est emportée.

Rabaissée à l'état d'esclave, plongée dans un harem où les intrigues font loi, où sauver sa peau se joue derrière chaque porte, Ameyal doit faire face aux pires injustices, trahisons et humiliations.

Au-delà de ces épreuves, une question s'impose : existe-t-il une cage assez grande pour retenir la fille de l'aigle ?

Mon avis

Me voilà plongée dans le monde des Aztèques et ça commence fort ! J’adore quand l’histoire débute en dialogue. Pas de temps morts, c’est impressionnant.

La brutalité est de mise, ça ne rigole pas avec ce peuple. Ne vous attendez pas à une histoire romantique, vous seriez déçus, mais à une guerrière dans l’âme oui !
J’ai beaucoup aimé Ameyal. Sa détermination toujours, au péril de sa vie.
De nombreux personnages gravitent autour d’elle comme  Nicté, Izelka, Coatzin, Xalaquia, Cipetl, Tene. Un nid de crabes. Même moi, je me demandais à qui faire confiance, et j’avais envie de lui murmurer de faire attention et qu’elle allait se faire duper.
La cohabitation avec des femmes telles que les esclaves d’intérieur ou d’extérieur (elles n’ont pas les mêmes tenues, et Ameyal est une esclave d’extérieur) ou les concubines, dans le harem ou pas, la jalousie est partout. Les grades de première, deuxième ou troisième sœur m’a fait sourire, parce que finalement, cette jalousie on a la retrouve aussi ailleurs que dans un harem et les différents grades aussi …
Il y a quand même une certaine solidarité qui permet à la lectrice que je suis de respirer un peu.

Ameyal n’a qu’un but, approcher le grand Maître Ahuizotl et intégrer l’école du harem. Elle fera tout pour y parvenir et le lecteur sera tenu en haleine jusqu’au bout du livre.

Elle risquera sa vie plusieurs fois, elle sera enfermée, elle sera utilisée pour des fins personnelles et moi j’admire sa pugnacité. Jamais, elle ne renoncera.

Je salue l’écriture d’Éric Costa que je ne connaissais pas. Il a réussi à me faire aimer cette Ameyal. Il est parvenu à me faire changer d’avis au cours de la lecture. Je ne pensais pas à être accrochée autant à cette histoire, et je me disais que la suite ne m’intéresserait probablement pas.
C’était sans compter sur l’habileté de l’auteur qui a su me captiver jusqu’au bout et qui m’a laissée sur un beau cliffhanger qui m’a décidée immédiatement à commander la suite.

Alors, à votre tour, laissez-vous envoûter par le regard de jade d’Ameyal et suivez là dans « La voie du Papillon » qui fera l’objet d’une prochaine chronique.

Merci Éric Costa pour cette découverte et merci pour votre confiance renouvelée.  


lundi 1 octobre 2018

Françoise BOURDIN - GRAN PARADISO



Résumé

Lorsque Lorenzo décide de changer de vie pour construire son propre paradis, c'est dans Le Jura qu'il s'installe, sur les terres que son grand-père lui a laissées en héritage. Des dizaines d'hectares en friche sur lesquels ce jeune vétérinaire pose la première pierre du parc animalier de ses rêves, où les espèces évolueront au plus près de leur habitat naturel. Un pari fou qui suscitera admiration ou hostilité, mais Lorenzo, aidé de ses proches et de son équipe, sera prêt à tout pour faire vivre ce paradis terrestre... et reconquérir celle qu'il aime toujours en secret.

Mon avis

Ce que j’apprécie avec Françoise Bourdin, c’est que vous entrez immédiatement dans le vif du sujet. Avec cette réplique « Comment as-tu pu imaginer que je te prêterais de l’argent ? ricana Xavier », je comprends que les rapports entre Lorenzo et Xavier ne sont pas au beau fixe.

Lorenzo est le fils de Maude, veuve d’un bel Italien dont Xavier est toujours jaloux.  Il en est même arrivé à nommer le jeune homme, « Laurent » afin de refuser ses origines italiennes. Père de trois autres enfants, Valère, Laëtitia et Anouk, il n’a jamais accepté son beau-fils et refuse systématiquement de valoriser ce qu’il entreprend. Autant, il acceptera d’aider « ses » enfants financièrement autant Lorenzo devra se débrouiller tout seul.

Tout comme dans les autres livres de Françoise Bourdin, je vis avec les personnages. L’auteure a le don de vous raconter une histoire et c’est comme si le lecteur en faisait partie intégrante.
Il faut avouer qu’ici le décor est particulièrement agréable. Je suis toujours épatée par les lieux à chaque fois différents. Ici, c’est un zoo où les animaux sauvages vivent en semi-liberté et dont leur rythme est absolument respecté.

Le lecteur découvre la vie et le travail de vétérinaires spécialisés en animaux sauvages tels que les lions, les girafes, les ours, les panthères, les jaguars. Je suis subjuguée par la délicatesse et la gentillesse prodiguées aux animaux. Des détails intéressants vous éclairent sur leur vie et vous avez l’impression que la panthère noire vous regarde quand vous plongez dans ses yeux verts.

Autour de cette ambiance animalière se dessine une histoire de famille, d’amour, de complicité, d’amitié et de jalousie. Vous découvrirez Marc le chef animalier, Julie le premier amour de Lorenzo et Cécile la déléguée au conseil régional qui gravitent autour du jeune vétérinaire. Vous apprécierez le charme de son frère aîné Valère et la même détermination que Lorenzo se retrouve chez ses sœurs Anouk et Laëtitia. Vous grincerez des dents devant le parti pris du beau-père et vous compatirez avec Maud la maman.

Les histoires de Françoise Bourdin sonnent toujours justes. Elles peuvent vous arriver à vous, à moi. Le lecteur éprouve la même chose que les personnages.

Habituée à cette auteure, je me demande toujours quelle situation va dénouer l’intrigue. Autant, le lecteur peut avoir des émotions identiques aux protagonistes, autant il ne peut prévoir la chute.

Une fois de plus, je suis ravie d’avoir découvert ce nouvel opus. L’ambiance familiale était au rendez-vous et c’est mon coup de cœur à chaque fois.

Alors une promenade au Grand Paradiso vous tente ? Et si vous aviez un rêve qui vous tienne à cœur, auriez-vous la même détermination que Lorenzo pour le réaliser ? 







jeudi 27 septembre 2018

Cendrine Roca - Et si l'aube nous appartenait Tomes 1 et 2




Résumé Tome 1

Après un échec sentimental, une rencontre a changé sa vie et l'a amené vers le bonheur mais elle perd son mari dans un tragique accident. Elle réapprend la vie et ses plaisirs, bercée par l'amour des siens et l'amitié profonde et fusionnelle de ses amis : Clarisse et Franck. Elle ne s'autorise plus à tomber amoureuse. 

Mais un jour, au cours d'un braquage, elle est prise en otage et cette rencontre avec cet homme cagoulé va radicalement changer le cours de son existence. Sur fond de profondeur de l'âme, l'amour et la passion sensuelle et charnelle viendront se mêler ou une histoire aussi magnifique qu'impossible naîtra...

Mon avis

Alexandrine, Clarisse et Franck. Un beau trio. Une belle et solide amitié fidèle.
Un début qui démarre sur les chapeaux de roue avec une sortie en boîte. Maquillage, habillage, des trucs de filles. Puis, la boîte de nuit, le bar, le serveur, et un inconnu qui flashe sur Alexandrine en lui envoyant des petits messages. C’est beau comme approche, surtout qu’Alexandrine ne saura pas qui est le bel inconnu.
Mais ce soir-là, outre les messages, Alexandrine et Franck dérapent. Ils s’embrassent. Une belle amitié remise en question ?
La jeune femme se pose beaucoup de questions car elle tient à Franck qui est toujours là quand elle en a besoin. Est-elle amoureuse de lui ?
J’aime bien le décalage entre Alexandrine et Clarisse. Beaucoup plus libre dans sa tête, un homme plait, elle fonce. Les dialogues entre les deux amies sont fleuris, et même si je sais que le terme est affectueux j’ai du mal avec le « ma grosse » qui la première fois m’a fait tiquer.
Beaucoup de tendresse entre les trois amis.

Un jour, Alexandrine décide de fermer plus tôt sa boutique de vêtements parce qu’elle a repéré une paire de boucles d’oreilles dans une bijouterie. C’est quand elle est en train de les essayer que le drame éclate et que sa vie bascule.
Parce que ce braquage dérape, elle est prise en otage et doit suivre les quatre hommes cagoulés.

Pour moi dans ce tome, il y a deux parties.
Celle avant le braquage, où Alexandrine mène sa petite vie avec ses amis et son grand fils qui n’habite pas très loin, et celle après le braquage.

Au cours du voyage où la jeune femme est pétrifiée, elle se rend compte que ses braqueurs ne vont pas lui faire de mal. Elle a droit à un petit déjeuner sur l’autoroute… Elle tentera pourtant d’échapper à son geôlier aux étranges yeux verts…

Alexandrine est emmenée en Espagne et va découvrir les visages de ses ravisseurs…
Qui est le bel homme aux yeux verts ?
Qui sont ses ravisseurs ?

Alexandrine tombe amoureuse de son geôlier. Une histoire d’amour fulgurante et passionnée qui ravage tout et lui fait oublier jusqu’à ses amis et sa famille qui doivent se ronger d’inquiétude pour elle. Elle s’en veut d’ailleurs mais elle désire profiter de chaque instant. Un peu comme une enfant qui sait qu’elle fait une bêtise mais c’est tellement bon de la faire…

Ce premier tome est axé sur l’histoire d’Alexandrine et… Elle ne connaît pas son nom. Elle apprend son histoire, déguste de bons plats cuisinés par son père et on ne parle guère du braquage. Alexandrine sait qu’elle est recherchée et que c’est à la fin de cette même semaine qu’elle devra dire adieu à son bel amour.

Je me demande quand même si cet amour n’est pas à sens unique. L’aime-t-il autant qu’elle ? N’est-ce pas qu’une passion qui déferle comme un ouragan ? Il est vrai qu’il est très gentil avec Alexandrine.

Et puis…L’absence, le vide, le silence.
Tout comme Alex, j’ai ressenti cette douleur quand elle s’est rendue compte qu’elle était seule, maison abandonnée, voitures disparues.
Seule, elle repartira avec un chauffeur venu la chercher. Elle ne pourra même pas garder le dernier mot de son bel amour car elle sera fouillée à l’arrivée en France. Elle est déposée au premier commissariat…

Je regarde la couverture illustrée de nombreux de nuages gris…

Je n’hésite pas, je démarre dans la foulée le tome 2.

Résumé Tome 2

Après le départ de l'homme qui a ravivé son cœur et avec qui elle a vécu une passion fulgurante, Alexandrine retrouve sa vie. Les interrogatoires se succèdent, la police recherche toujours les braqueurs en fuite et compte sur sa coopération, tandis que sa famille est aux petits soins. Obligée de mentir à tous, elle pourra néanmoins compter sur ses plus proches amis, Clarisse et Franck, pour la soutenir. Parviendra-t-elle à se détacher de cet homme dont elle ignore jusqu’au nom ? Et si l’occasion lui était donnée de le revoir, serait-elle prête à tout quitter une dernière fois ?

Mon avis

Ce deuxième tome reflète toute la souffrance d’Alexandrine et le cruel dilemme qu’elle doit combattre avec sa conscience.

La jeune femme n’arrive pas oublier les étranges yeux verts de son amoureux. Oui, c’est ainsi qu’elle l’appelle.
Elle avance dans la vie, elle répond aux interrogatoires et… raconte tout à Clarisse et Franck.

Ils réagiront tous deux de manière différente mais ce que j’ai vraiment beaucoup aimé c’est cette amitié omniprésente qui ne fait jamais défaut, même si ce n’est pas toujours facile à accepter et que des portes claquent.
Ce n’est pas courant quand même de tomber amoureuse de son braqueur ! Alexandrine se prendra ainsi les remarques blessantes de ses amis qui se sont fait beaucoup de soucis pour elle, alors qu’elle menait « la belle vie » comme ils disent.  J’apprécie ces réflexions, ces remarques qui sonnent justes.

J’admire Franck et son épaule solide qui sera toujours là pour Alex. Il ira jusqu’au bout pour elle sans se poser de questions. Elle l’appelle, il vient. Il se pose des questions, il se met en danger, il renie ses idées, mais par amitié, il accourt.

Des personnages importants aussi dans ce deuxième tome, notamment le médecin urgentiste qui a ausculté Alexandrine à son retour du braquage. Excellent ce toubib !
Du sourire avec Clarisse et son nouvel amour et les dialogues d’Alex avec sa conscience dont il est beaucoup question dans ce tome.

Quand Alexandrine a la possibilité de revoir son amoureux que va – t-elle faire ? (Parce que finalement j’ai la réponse à ma question, ce n’est pas une histoire à sens unique, c’est un véritable coup de foudre.)
Pour combien de temps ? Est-elle en danger ? Et lui ?

Jusqu’où ira l’amitié de Clarisse et de Franck ?
Abandonnera-t-elle son fils ? Sa famille ?

Un tel amour peut-il tout permettre ?
Et si l’aube leur appartenait ?

Mon regard se pose sur la couverture illustrée d’un soleil éclatant…

Je remercie l’auteure Cendrine Roca pour sa confiance et pour cette écriture passionnée et passionnante. Je la remercie aussi pour cette belle histoire d’amour qui sort des sentiers battus.

Le titre de cette histoire « Et si l’aube nous appartenait » s’adresse aussi à nous lecteurs. Quand le jour se lève, ce jour nous appartient…





lundi 24 septembre 2018

Rachel Joyce - Si on dansait ...



Résumé

À Londres, au bout d’une impasse délabrée, Frank n’est pas un disquaire comme les autres. Chez ce marchand de vinyles, une belle équipe de joyeux marginaux se serre les coudes, tous un peu abîmés par la vie.

Surtout, Frank a un don. Il lui suffit d’un regard pour savoir quelle musique apaisera les tourments de son client. Quitte à préconiser du Aretha Franklin à un obsessionnel de Chopin…

C’est ainsi que Frank fait la rencontre de Lisa, une mystérieuse femme au manteau vert. Après s’être évanouie devant sa boutique, elle le supplie de l’aider à comprendre la musique. Lors de leurs rendez-vous, Frank replonge dans sa propre enfance, revoyant sa mère, l’excentrique Peg, lui passer des vinyles sur sa vieille platine.

Lui qui ne croit plus en l’amour depuis longtemps sent son cœur vibrer à nouveau. Et puis, un jour, Frank découvre le secret de Lisa. Le monde s’écroule, il disparaît.

C’est sans compter, pourtant, sur l’extraordinaire solidarité qui règne sur Unity Street. Car après le chaos, il n’est jamais trop tard pour faire renaître l’espoir et réapprendre à danser…

Mon avis

J’ai tout d’abord craqué sur la couverture : rouge, avec un chemin de portées musicales, des notes, et deux personnages, une jeune femme en manteau vert et un homme qui fume, un 33 tours à la main.  Enfin, moi c’est ce que je vois.
Puis, le titre : « Si on dansait… » Les trois points de suspension à eux seuls m’intriguent, comme si c’était une invitation. Rappelez-vous un souvenir (on en a tous un), vous êtes à tables, ou en boîte ou dans un bar, et là votre amoureux, ou un inconnu vous demande « Si on dansait … »
Puis l’auteur vous invite à écouter la playlist des musiques préférées citées, ce que je fais sans hésiter.

« Il y avait une boutique de disques ».  Première phrase. Nous sommes en janvier 1988.
J’adore le clin d’œil : Face A. Rappelez-vous, la face A sur le vinyle, c’était normalement celle où il y a le « tube ».

Et la musique commence, je me laisse emporter, j’entre dans la boutique et je fais connaissance avec les principaux personnages :
Franck, cigarette au bec le propriétaire qui ne vend que des Vinyles, Kit son aide, Maud la tatoueuse et le Père Anthony.
Une rue dans Londres, un peu perdue, peu de clients. Ce qui me frappe dans ce décor, c’est la nonchalance de Franck qui ne s’inquiète pas. Il fait figure de roc inébranlable sur qui on peut s’appuyer et compter. L’ambiance me fait penser à PortoBello Road comme dans « l’apprentie sorcière », allez savoir pourquoi, l’imagination quelque fois est indomptable.

Kit a dix-huit ans, un peu maladroit, un brin niais, un peu comme un jeune chien, mais tellement attachant et toujours présent quoiqu’il arrive.

Franck est capable de vendre à un fan de chopin du Aretha Franklin. Surprenant non ? Pas pour Franck qui a le don d’entendre une musique quand le client débarque chez lui et qu’il cherche ce qu’il pourrait bien acheter.
Il a été élevé par Peg, une maman pas ordinaire qui a eu pas mal d’hommes dans sa vie, tellement bien que Franck ne connait pas celui qui l’a engendré tout comme sa mère d’ailleurs. Elle ne lui a parlé que musique. Chaque chapitre est rythmé par un rappel à cette femme.

Je me suis demandée que m’aurait-il vendu à moi. Je serais entrée dans ses cabines pour écouter la musique, casque sur les oreilles. L’atmosphère y est tellement sympathique, que je m’y suis sentie très à l’aise. Ne serait-ce que pour entendre dans le casque, vous savez, ce petit grésillement que fait le saphir quand il glisse sur le vinyle.

Franck, un peu bourru, voit un jour une jeune femme en manteau vert s’évanouir devant sa vitrine. C’est le branle-bas de combat autant pour lui que pour Kit.

Qui est Lisa ?
La curiosité de Kit est à son comble. Celle de Maud beaucoup moins, sentant un danger dans cette rencontre avec Franck.
Qui est cette jolie femme qui se dit fiancée, qui revient régulièrement aider Franck jusqu’à remettre en marche la machine qui emballe les livres.
Que cache-t-elle sous ses gants qu’elle ne quitte jamais ? 

Franck ne veut pas et ne peut pas tomber amoureux, les réflexions de sa mère lui embrument le cerveau. Un amour de jeunesse a laissé des traces indélébiles.

Lisa aime la musique. Elle souhaite que le disquaire lui raconte « sa » musique. Elle exige qu’il lui donne des cours. Ils vont donc se retrouver régulièrement dans un café. Il apportera des disques et lui racontera. Elle l’écoutera. Quelle savoureuse ambiance avec la serveuse grincheuse au début mais qui au fil de leurs rencontres devient amusante et désireuse de leur faire plaisir en leur concoctant de bons petits plats.  C’est là que Lisa se confiera peu à peu.

Est-ce le hasard ou le destin qui fera que Maud découvrira le grand secret de Lisa et en fera part à Franck ? Comment le prendra-t-il ?

Je tourne le disque, face B.

Tiens il y a une face C.

La face D se passera en 2009. 

Quatre faces un peu comme les quatre saisons : hiver, printemps, été, automne.

C’est une histoire d’amour vintage qui prend son temps comme une musique qu’on écoute lentement les yeux fermés et qu’on se la repasse parce qu’on n’a pas tout entendu. Ce n’est pas une histoire rayée.
C’est aussi une belle histoire d’amitié et de solidarité.

Pour connaître le sort des vinyles de Franck en 2009, amis lecteurs, il va falloir lire jusqu’au bout ce que Rachel Joyce a eu le plaisir d’écrire pour notre plus grand bonheur, nous les lecteurs.
Laissez-vous embarquer par la musique, tellement de jolis sentiments  sont dévoilés au fil de l’histoire.

Je quitte la boutique, je referme le livre, la musique s’éteint. Et si on dansait ?...